VIII. L’église de Chéreng ; objets mobiliers remarquables : têtes de poutre, boiseries du chœur et de la chapelle Saint-Vaast, baptistère roman, cloche avec danse macabre, pierre tumulaire, calice. – La chapellenie ; la cure. |
L’architecture de l’église de Chéreng révèle le XVème siècle. « Un certain nombre d’églises de l’arrondissement de Lille, dit Mgr Dehaisnes, présentent des voûtes en berceau formées par des bardeaux ou feuillets, soit en chêne, soit d’autre bois, cloués sur les courbes de la charpente. Les extrémités des pièces de bois restées visibles à la naissance de la voûte sont souvent décorées de sculptures représentant des anges, des phylactères, des écussons, des têtes de saints, des figures grimaçantes, exécutées avec beaucoup d’originalité. Les amateurs d’antiquités sont à l’affût de ces petits objets d’art, que l’on appelle Têtes de poutre, et dont le nom technique est faux-entrait. » Parmi les plus intéressants encore aujourd’hui conservés dans l’arrondissement de Lille, l’auteur signale ceux de la curieuse voûte en bois de l’église de Chéreng.[1] Les boiseries du chœur et celles de la chapelle Saint-Vaast sont des ouvrages sculptés par un ciseau habile, qui portent la date de 1785.[2] On voit dans l’église de Chéreng un baptistère qui offre un beau caractère d’architecture romane, et qu’on peut attribuer au XIIème siècle. « Ce joli monument consiste en une cuve ronde en pierre, orné d’un entrelacs fort gracieux qui sépare deux cordons formés d’oves. Quatre têtes se détachent en ronde bosse au milieu de cet entrelacs : Ces têtes ont un caractère bysantin fort prononcé ; leurs cheveux lisses et plats, longs et coupés en brosse au-dessus des oreilles ; la forme des yeux, l’expression du visage, ne permettent pas de douter que ce monument n’appartienne au XIIème siècle. La cuve est placée sur un fût cylindrique à base écrasée, formée d’une scotie et d’un seul boudin. Aux quatre points qui correspondent aux têtes des parties supérieures, de larges feuilles plates se détachent de la base et viennent remplir les quatre angles du socle. Cette disposition révèle, comme on sait, une origine romane. La hauteur totale du monument est de 1 mètre 05 centimètres et le diamètre extérieur de la cuve de 0,98 centimètres.[3] Une cloche de l’église de Chéreng est curieuse par le sujet quelle représente. On y voit une danse des morts où figurent quatre personnages. La mort ouvre la danse portant elle-même une cloche qu’elle agite ; derrière elle défilent en dansant, un personnage à hauts de chausses bouffants, à casaque serrée à la taille et à longs cheveux, qui parait représenter le paysan, puis un docteur portant le bonnet et une robe longue qui représente peut-être le prêtre, et enfin encore la mort qui ferme la marche. Cette cloche semble dater du XVIème siècle.[4] On signale aussi une dalle de l’église de Chéreng. C’est une pierre tumulaire offrant les caractères du XVIIème siècle, consacrée à la mémoire de Michel-Ange, baron de Vuorden, vicomte de Langle, seigneur de Chéreng.[5] Enfin l’église de Chéreng possède un calice assez bien ciselé qui semble dater du XVIIème siècle.[6] L’église de Chéreng est sous l’invocation de saint Vaast ; elle était autrefois fréquemment visitée par les pèlerins qui venaient y honorer saint Loup. Il y avait dans cette église, dès avant 1560, une chapellenie constituant un bénéfice de XXXI livres à la collation de l’abbé de Cysoing.[7] L’abbé de Cysoing nommait à la cure. L’abbaye possédait à Chéreng, pour la portion congrue de la cure, 4 bonniers 11 cents de terre rapportant, au dernier siècle, 170 livres ; elle possédait aussi une seigneurie et la dîme donnant un revenu de 1486 livres 18 sous. Le curé avait une portion de la dîme et 3 bonniers de terre. [1] Mgr Dehaisnes, Notices descriptives sur les objets mobiliers conservés dans les établissements publics de l’arrondissement de Lille, 1894, p. 38. [2] Ibidem, p. 60. [3] Bulletin de la Commission historique du Nord, t. I, p. 138 ; — et un dessin de M. Benvignat à la page 420. [4] Mgr Dehaisnes, Notices descriptives sur les objets mobiliers conservés dans les établissements publics de l’arrondissement de Lille, p. 16. [5] Mgr Dehaisnes, Notices descriptives sur les objets mobiliers conservés dans les établissements publics de l’arrondissement de Lille, p. 52. [6] Ibidem , p. 15. [7] Bulletin de la Société historique et littéraire de Tournai, t. 16, p. 176. |